La plupart des historiens de Saint-Dizier attribuent le nom de la ville à la déformation du nom de saint Didier,
évêque de Langres décapité par les Vandales lors du sac de la ville en
264. Une légende voudrait que les rescapés du massacre aient emporté
avec eux la dépouille de l’évêque martyr, et suivi la Marne jusqu'au
village d’Olonne, où ces reliques auraient été entreposées jusqu'à la
récupération de Langres.
Toutefois, rien ne permet de confirmer cette hypothèse, car le nom de Saint-Dizier n’apparaît que fort tardivement.
En
effet, la première mention de saint Didier se trouve dans un acte de
donation de 876, dont il est précisé qu’il a été « fait dans l’Eglise
dont le vocable est Saint-Dizier, à Olonna, localité du Perthois
dépendant de la puissance publique » A ce moment-là, cette église
correspond à un démembrement de la paroisse de Saint-Martin d’Olonne.
La découverte de sarcophages mérovingiens à proximité du château
suggère la présence d’un lieu de culte, qui serait peut-être l’église
de Saint-Dizier mentionnée dans les textes, mais aucune certitude n’est
permise à ce sujet.
Quoi qu’il en soit, en 1136,
un accord avec les moines de l’abbaye de Montier-en-Der nous apprend
que la ville de Saint-Dizier était en train de naître, l’accord en
question portant sur les terres dont les moines étaient privés par
cette implantation. Les seigneurs de Saint-Dizier, la famille de
Dampierre, avaient semble-t-il résolu de bénéficier d’une implantation
fortifiée ; en 1202, la présence de l’église est signalée, et en 1228
la Charte d’affranchissement de la ville mentionne le devoir fait aux
habitants de concourir à l’entretien des murailles du château.
La famille de Dampierre, dont le premier représentant connu est Hilderant, qui avait pris femme dans la famille des comtes de Troyes, a été à l’origine de la fondation de la ville et de son développement ultérieur.
Originaires du village de Dampierre, les seigneurs du même nom régneront sur Saint-Dizier jusqu’en 1442, date à laquelle les Vergy hériteront de la ville.
A mesure que le temps passe, la famille prend une importance grandissante, ainsi que l’illustre Gui II,
qui accède à la seigneurie vers 1178. En 1191, il participe à la
troisième croisade, où il se distingue lors du siège de Saint-Jean
d’Acre. Le sire de Joinville, qui le mentionne dans sa chronique du
règne de Saint-Louis, le décrit comme un « homme des plus éminents ». Son mariage, en 1197, avec Mathilde de Bourbon, lui vaut le titre de Connétable de Champagne, et fait de lui l’un des seigneurs les plus puissants de son temps.
Il
se distingue enfin lors de sa participation à la bataille de Bouvines,
le 27 juillet 1214. Où il contribue à la victoire du roi
Philippe-Auguste. Cette bataille est souvent considérée comme l’acte de
naissance de la France moderne, dans la mesure où elle marque le début
du lien entre la monarchie et le Pays.
C’est probablement sous
le règne de Gui II que fut construite l’église principale, dédiée à
Notre-Dame, et dont la majeure partie a disparu au cours de l’incendie
de 1775.
A sa mort, survenue en 1215, son fils Guillaume II lui succède, et augmente encore l’éclat de sa famille en épousant Marguerite de Flandre,
fille de Baudouin de Flandre ; cette alliance ne fut pas sans
conséquence, puisque Guillaume II promulgua la charte
d’affranchissement de la ville au retour des Flandres. En effet, il
avait pu y observer la prospérité des villes comme Bruges ou Ypres, et
c’est sans doute pour cela qu’il affranchit la ville de Saint-Dizier par la charte du 6 mai 1228.
C’est dans la charte d’affranchissement accordée à la
ville qu’apparaît pour la première fois le nom de Saint-Dizier ; c’est
également elle qui mentionne pour la première fois le château, dont
l’entretien des murailles est à la charge des habitants.
Par
cette charte, les habitants de Saint-Dizier cessent d’être une partie
du patrimoine seigneurial pour acquérir la liberté, mais il faut se
garder de lire la charte comme un acte libérateur au sens contemporain
; elle impose en effet aux habitants de la ville de nombreuses
obligations, et permet par exemple au seigneur de leur abandonner
l’entretien des fortifications.
En revanche, il est indéniable que, par cette charte, Guillaume II de Dampierre
a voulu promouvoir une élite locale, les échevins (au nombre de 13), et
insuffler une liberté amenant la prospérité : à cet égard, elle
constitue le point de départ de l’essor de la ville dans les siècles
suivants.
Les échevins sont d’ailleurs très attachés au maintien
de la charte, et plusieurs conflits survinrent à son propos : ainsi, en
1306, soit moins d’un siècle après la promulgation de la charte, Jean
IV accorde par exemple aux échevins le droit de lever des impôts locaux
pour régler les dettes de la commune, tout en renonçant à la taille
casuelle.
On peut signaler pour l’anecdote le commentaire de l’abbé Didier,
historien de Saint-Dizier en 1897, qui exalte dans cette charte la
piété des seigneurs de Dampierre, dont il conclut qu’elle constitue un
« bel exemple pour ceux qui détiennent le pouvoir et gouvernent les hommes
» . Cette phrase n’est pas innocente dans le contexte des lois
anticléricales de la III° République, et révèle l’évolution du regard
qui peut être porté sur la charte.
Le dernier des Dampierre, Edouard, meurt en 1407, et la seigneurie échoit alors à la famille des Vergy
; or, celle-ci est toute dévouée aux intérêts du parti
anglo-bourguignon, alors opposé à la couronne représentée par Charles
VII ; ce dernier s’est en effet vu dénier ses droits sur la couronne au
profit du roi d’Angleterre Henri V par le traité de Troyes (1420) signé
par sa propre mère.
S’il faut en croire la chronique, Saint-Dizier est donc occupé par les troupes anglo-bourguignonnes,
qui auraient laissé au dessus de la porte d’entrée, les armes de
l’Angleterre. Jean de Vergy doit conserver la ville au prix de
plusieurs combats, dont le dernier est financé par la duchesse de
Bourgogne et lui permet de récupérer Saint-Dizier. En 1422, c’est son
frère, Antoine de Vergy, qui assiège la ville pour la reprendre.
Toutefois, si Jean de Vergy réussit à garder Saint-Dizier,
le prix des guerres qu’il a été obligé de mener l’oblige à s’en défaire
en 1450, date à laquelle il cède la ville au Sire de Joinville, lequel
la céda en 1456 au roi de France. Cependant, à la mort de Charles le
Téméraire, en 1477, Louis XI veut attirer dans son parti le successeur
de Jean de Vergy, Guillaume de Vergy, afin de hâter le morcellement de
l’empire bourguignon, et lui rend Saint-Dizier en le nommant son
conseiller (1480). Ce dernier se détache donc de la duchesse de
Bourgogne, mais doit bientôt rétrocéder la ville à la couronne (1488),
qu’elle ne quitte plus jusqu'à la révolution.
De manière amusante, Saint-Dizier, qui a été quelques temps alliée aux bourguignons de Charles le Téméraire, fut précisément assiégée par le petit-fils de celui-ci, Charles Quint. Ce siège marque l’événement le plus important et le mieux connu de l’histoire de la ville.